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31.03.2007
60 ans de conflit israélo-arabe, une histoire entre-croisée
A l'heure où le pessimisme règne au Moyen-Orient, l'on reparle à nouveau de "négociations" secrètes entre syriens, israélien, saoudiens, libanais et autres… J'avoue que même si le terme "négociations secrètes" donne à la situation une allure de mystère plutôt austère, il y a néanmoins de quoi espérer, comme jadis à l'époque de Clinton et de Rabin.
Je l'avoue, le parallèle me plait et j'ai envie de le faire exprès avec un autre couple, celui de Bush et Sharon. Ceci dit, j'ai aussi envie de parler d'un autre couple ce soir, celui-ci est un peu moins habituel mais il est toujours porteur d'espoir, surtout en cette période sombre. C'est en tout cas ce que m'inspire la lecture du livre "60 ans de conflit israélo-arabe" écrit, face à face, par un duel arabo-israélien : Boutros Boutros-Ghali et Shimon Peres.
En réalité, s’il existe de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-arabe, ce livre est une véritable nouveauté car c'est pour la première fois que deux acteurs actifs de cette histoire ont accepté de croiser leurs Mémoires ainsi que leurs Vérités. En fait, les deux protagonistes confrontent ici leurs visions des événements qui ont ponctué la région et qu’ils ont vécus de près, de la première guerre israélo-arabe, en 1948, à nos jours. Et attention, ils ont beau avoir un grand respect l’un pour l’autre, ils ne se font pas de cadeaux. Ils s’affrontent, chacun animé de la volonté de faire entendre son vécu et "sa souffrance" tout en acceptant d’écouter celles de l’autre. Et là pour moi, c'est une autre manière de dialoguer, nouvelle et constructive à mon sens, surtout devant les dérives extrémistes de deux côtés. C'’est avec une liberté de parole très étonnante qu’ils s’autorisent de vigoureuses critiques envers leur propre camp et nous offrent ainsi deux formidables perceptions arabe et israélienne vécues de l’intérieur.
En fait, ce conflit est souvent perçu, d’un côté comme de l’autre, comme un drame sinon un mélodrame opposant des oppresseurs à des opprimés ; des sauvages à des civilisés ; des colonisés à des colonisateurs, des destructeurs sanguinaires à des bâtisseurs d’États. Chaque partie se considérant dans son droit absolu, elle n’aura de cesse de nier la part de légitimité de son ennemi, et encore plus sa « vérité ». On ne s’en étonnera guère. Y a-t-il de la place pour la légitimité de l’Autre lorsqu’on s’est totalement engagé dans l’"épopée" de sa propre émancipation ? Ayant le sentiment de devoir bâtir son État dans une urgence d’autant plus pressante que son peuple était soumis, en Europe, à la persécution nazie, la communauté juive de Palestine pouvait-elle réellement prendre en compte la situation des Arabes ? Et les Palestiniens, tenaillés par le désir légitime de décolonisation, pouvaient-ils comprendre l’attachement à cette même terre de Juifs issus de pays colonisateurs ? Aux yeux de chacun, son bon droit sera pendant des décennies, sinon jusqu’à aujourd’hui, d’une évidence telle, que sa contestation apparaîtra comme scandaleuse. L’indignation se substituera à l’analyse et, comme dans un mélodrame, le monde se réduira à une guerre entre deux forces fondamentalement antagonistes ; à une opposition qui se résume aux souffrances infligées par l’Autre ; à l’affrontement de deux principes exclusifs. Ce sera eux ou nous. Et, afin de discréditer, de déshonorer, de disqualifier l’ennemi, on l’attaquera sur sa "moralité". Mais la vision sera plus "moralisante" que "morale", et la situation, "manichéenne". Adossée à une double obsession mémorielle, la tentation "totalitaire" sera difficilement évitable. Aucun compromis ne sera possible : avec le mal, on ne transige pas, on ne discute pas avec le "diable". Et l’on ne renonce jamais.
Mais ce conflit n’est pas un mélodrame. Il s’agit plutôt d’une tragédie, c’est-à-dire d’une histoire ambiguë où les protagonistes qui s’affrontent ont chacun leur part de légitimité, leur part de lumière comme leur part d’ombre, leur part de crimes comme leur part de noblesse.
Ces entretiens croisés tournent autour des grandes dates qui scandent l’histoire du Moyen-Orient : 1947, plan de partage de la Palestine ; 1948-1949, naissance d’Israël, avortement de l’État palestinien ; 1952, révolution des Officiers libres en Égypte ; 1956, crise de Suez ; 1967, guerre des Six Jours ; 1970, réveil de la conscience nationale palestinienne ; 1973, guerre d’Octobre ; 1977, voyage de Sadate à Jérusalem ; 1978, accords de Camp David ; 1981, assassinat de Sadate ; 1982, guerre du Liban ; 1987, déclenchement de l’Intifada ; 1993, accords d’Oslo ; 1994, assassinat de Yitzhak Rabin ; 2004, mort de Yasser Arafat, etc.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un livre d’Histoire au sens traditionnel : les acteurs ne se prétendent pas "objectifs". Ce livre présente les perceptions arabe et israélienne vécues de l’intérieur ainsi que leurs évolutions respectives. Car si les faits sont connus, leur interprétation est affaire d’état d’esprit, de mentalité et de vécu. Et c’est précisément de la confrontation de ces états d’esprit qu’il est question dans ce livre.
23:55 Publié dans Paix | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : israel, moyen-orient, liban, actu, livre, écriture, politique


