02.04.2009
Retour de Moyen-orient.fr
Vous avez remarqué, le blog comme le site moyen-orient.fr ont été abandonnés pendant un certain temps, faute de temps. Mais voilà, le site est de retour et j'espère qu'il sera plus régulier désormais. Au sommaire cette semaine :
Courts-métrages des Emirats Arabes Unis
Jasad, le magazine du corps à la libanaise
Femmes et télévision en Arabie Saoudite
La petite cuillère (gastronomie)
Discrimination à l'emploi en Israël ?
L’orchestre Philharmonique du Qatar
Abu Dhabi: actionnaire principal de Daimler
19:12 Publié dans News | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : moyen-orient, culture, environnement, économie, société, histoire, religion, cinéma, art, cuisine
25.09.2006
Ramadan, sexe et autres péchés capitaux
Je ne sais pas si c'est mon absence prolongé, mais dès mon entrée dans le café, j'ai remarqué un quelconque changement sur le visage de Mustafa, assis sagement derrière le comptoir. Peut-être sa barbe naissante de quelques jours, et son calme presque inhabituel. Je m'approche de lui pour le saluer, presque timidement de peur de le déranger dans sa lecture. Mais heureusement, son sourire généreux me rassure.
Avec Mustafa, nous n'avons jamais eu une vraie discussion. Juste les quelques banalités et plaisanteries échangés. D'habitude, je viens prendre un verre en solitaire derrière le bar, le temps pour moi d'observer les va-et–vient de la foule. Tandis que lui, il a l'habitude d'errer entre les tables, de fille en fille, dans l'espoir d'enrichir le journal de ses conquêtes. Etrangement, ce dimanche, Mustafa semble plus calme que d'habitude. Mais je ne dis rien. Ce ne doit pas tarder, me dis-je convaincu…
La belle Nathalie s'approche de moi avec le sourire qui vaut une salutation, et je demande sans tarder un café, c'est presque une convention entre nous deux. Mustafa, se tourne vers moi, les yeux rouges et interrogateurs :
- Quoi ? Tu ne fais pas Ramadan ?
Je ne sais pas quoi lui répondre. Lui dire que je ne savais pas serait un mensonge. La veille, j'étais tombé via internet, non sans-amusement, sur un débat télévisé sur une chaîne arabe avec un thème "le commencement de ramadan" dans le monde occidental. Visiblement, les musulmans d'Europe et d'Amérique doivent d'adapter à des règles dites plus scientifiques en employant des calculs astronomiques, alors que ceux dans le pays font plus confiance aux bédouins du désert. Ces derniers proclament le début du mois sacré sur deux simples témoignages de la naissance de la neuvième pleine lune du calendrier lunaire.
- Ah, c'est déjà Ramadan? Ai-je le culot de dire.
- Bien sûr, depuis deux jours !
Visiblement, Mustafa applique le véritable calendrier musulman et se fiche mais éperdument des calculs "scientifiques" de l'Occident. Sans trop juger mon "péché", le jeune homme me dit que c'est son premier Ramadan en France. Et étrangement, cela nous a amené à avoir pour la première fois, une conversation sérieuse. Enfin presque, puis que c'est lui qui parlait le plus. Il avait une certaine nostalgie, certainement, me dis-je étonné de le voir si ouvert à mes questions.
Pour ce premier Ramadan en terre chrétienne, les choses ont dû vraiment être différentes. Non seulement la nourriture est interdite depuis le premier rayon du soleil de la journée, mais le musulman doit commencer son rituel par la prière et la lecture du Coran, une manière de se concentrer sur le taqwa, "la conscience intense de la présence de Dieu". Tel un poète, il se rappelle de ces jours à Damas, où le Coran retentit dans toutes les rues de la ville avant la naissance de l'Aube. Tout le monde prie avant le levé du jour, une véritable communion d'après lui. Je suis très surpris de voir le jeune libertin se transformer en véritable homme de religion. Il ne tarde pas de me citer un hadith du prophète : "celui qui jeûne au mois de Ramadan avec une foi sincère, peut espérer une récompense d'Allah. Tous ses péchés précédents lui seront pardonnés".
Je suis mal à l'aise quelque part car je n'ai jamais aimé le discours religieux, mais je reste. J'ai envie de le provoquer. Je sais que pendant Ramadan, tout est interdit : fumer, boire et bien sûr manger. Qu'en est-il des rapports sexuels, surtout quand ils ne sont pas "légitimes" ? Je sais que sur ce terrain en tout cas, Mustafa n'est certainement pas un bon musulman. Il sourit et me répond comme s'il s'attendait à ma question :
- l'interdiction est valable entre l'aube et le coucher du soleil, entre les deux on a tous les droits.
Pendant Ramadan, à la fin de chaque jour, les musulmans se réunissent en famille pour casser le jeun "al iftar", le repas de soirée. Un moment solennel auquel tous les membres sont obligés d'assister. Les hommes, et seulement eux, ont le droit après de sortir rejoindre les copains, aller fumer un narghilé dans un café, aller dans un hammam strictement réservé aux hommes et pourquoi pas sortir draguer dans le quartier chrétien, Bab Thomas.
- Et l'alcool ? demande-je sans innocence, je sais que le jeune homme est presque alcoolique quand il s'agit de charmer les filles.
- Jamais au mois de ramadan, me dit-il sans hésiter.
- Mais le sexe oui ?
- Ce n'est pas pareil, Dieu, n'a pas interdit le sexe aux hommes.
- Même hors mariage ?
Il semble réfléchir et puis souriant, il s'approche de moi comme pour m'instruire :
- Tu connais les femmes toi ? Il faut juste savoir les prendre par le bon endroit.
Je reste de marbre, presque choqué. Le jeune homme pense que je ne comprends pas. Il enfonce le clou :
- Il ne faut pas les prendre par là où elles peuvent tomber enceintes, c'est tout.
Soit. J'ai envie de savoir plus. Je n'ai pas peur :
- Et tuer pendant Ramadan, c'est permis ?
Il sait que je parle de l'Irak où les attentats n'ont pas cessé, y compris au mois de Ramadan, tuant ainsi des musulmans innocents par des musulmans. Mustafa me dit qu'il condamne la violence et je suis rassuré, mais il ne veut pas parler politique. Il sort son portable en s'excusant. Il doit appeler un ami. Je le regarde s'éloigner. Je paye mon café à Nathalie qui me fait un clin d'œil, presque complice. Je m'en vais faire mon marché. Non je ne fais pas Ramadan. Je ne l'ai jamais fais. Je ne le ferai jamais… J'ai envie de crier que je suis fier d'être arabe et laïque.
23:45 Publié dans Tribune | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ramadan, sexualité, moyen-orient, politique, culture, cuisine, écriture


